Christian Rummey, Ian A Blair, Clementina Mesaros, Teerapat Rojsajjakul, Yina Dong, George Wilmot, Theresa Zesiewicz, Kathy Mathews, Joseph C Hoyle, Lauren Seeberger, Louise A Corben, Martin Bruce Delatycki, Richard S Finkel, Richard H Roxburgh, Antoine Duquette, Grace Yoon, Christopher M Gomez, S H Subramony, Susan Perlman, Shana Mccormack, David R Lynch

BMJ Neurology Open.

Date de publication : Mars 2026

Article : Peripheral frataxin levels govern long-term clinical progression in Friedreich ataxia

Dans cet article publié en mars 2026, les auteurs observent que des taux plus bas de frataxine dans le sang (avec deux méthodes différentes de quantification) sont associés à un début plus précoce des symptômes, à une perte plus rapide de la marche et à une progression clinique plus importante. L’intérêt principal est que la mesure de la frataxine dans le sang pourrait aider à suivre l’évolution de la maladie et à évaluer l’effet de futurs traitements visant à augmenter cette protéine. Les auteurs concluent que la frataxine périphérique est un biomarqueur clinique pertinent, avec un intérêt potentiel pour les essais thérapeutiques.

Cet article a fait l’objet d’une « Lecture critique d’article » le 12 mai 2026, visionnable sur le site AFAF.

Résumé de l’article traduit par l’équipe recherche.

(Des notes en bas de page visent à aider la compréhension)

Contexte
Les nouvelles thérapeutiques de l’ataxie de Friedreich utilisent diverses stratégies visant à augmenter les taux de protéine frataxine. Une meilleure compréhension du lien entre ces taux et les résultats cliniques pourrait renforcer leur utilisation comme marqueurs pharmacodynamiques, et potentiellement comme critère de substitution dans le développement thérapeutique. Un cadre de modélisation élaboré a été développé afin d’évaluer la pertinence de la frataxine comme biomarqueur selon les méthodes de dosage, les tissus et les stades de la maladie.

Méthodes
Les taux de frataxine avaient été générés antérieurement à l’aide de deux plateformes analytiques distinctes et à partir de deux cohortes cliniques séparées : la frataxine dans le sang total a été mesurée par immunodosage à flux latéral [1] (cohorte LF[2]), et par une méthode LC-MS/MS à triple quadripôle[3] (cohorte TQ[4]), qui permet la quantification séparée de la frataxine mature (FXN-M)[5] et de la frataxine spécifique des érythrocytes (FXN-E)[6]. Les résultats ont été comparés de façon descriptive à ceux de témoins et de porteurs hétérozygotes, et plusieurs stratégies de modélisation distinctes ont été utilisées pour les corréler à la fonction clinique.

Résultats
Les deux cohortes représentaient le spectre pertinent de la maladie, avec des différences mineures de sévérité génétique et clinique, toutes deux corrélées aux taux de frataxine[7]. Les porteurs hétérozygotes présentaient des taux intermédiaires. La modélisation a confirmé la valeur prédictive de la frataxine à travers plusieurs évaluations cliniques, telles que l’âge de début des symptômes, l’âge de perte de la marche et la progression à long terme. GAA1, l’expansion de répétition la plus courte, a été confirmé comme le principal prédicteur de la frataxine elle-même et, dans la plupart des situations, de la fonction clinique.

Discussion et conclusion Bien que la biologie des isoformes[8] et l’expression spécifique aux tissus[9] demeurent des éléments importants à considérer, la quantification périphérique de la frataxine fournit une mesure biologiquement fondée de la physiopathologie et de la progression de la maladie, avec un fort potentiel d’application dans les essais thérapeutiques. La frataxine est un biomarqueur clinique valide, et nos résultats soutiennent la poursuite de son développement comme critère de substitution dans l’ataxie de Friedreich.


[1] Un immunodosage à flux latéral est un test biologique qui fonctionne un peu comme un test rapide — par exemple certains tests de grossesse ou tests antigéniques. On dépose un échantillon, puis celui-ci migre sur une bandelette où des anticorps reconnaissent spécifiquement la molécule recherchée. Ici, le test sert à mesurer la frataxine, la protéine diminuée dans l’ataxie de Friedreich.

[2] La cohorte LF désigne donc le groupe de patients chez qui la frataxine a été mesurée avec cette méthode de type lateral flow.

[3] La LC-MS/MS signifie chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem. C’est une méthode de laboratoire très précise qui permet d’identifier et de mesurer de très petites quantités de molécules dans un échantillon biologique.

[4] La cohorte TQ correspond donc au groupe de patients chez qui la frataxine a été mesurée par cette méthode LC-MS/MS, plus technique et très précise.

[5] La quantification séparée de FXN-M et FXN-E signifie que le laboratoire ne mesure pas seulement une quantité globale de frataxine dans le sang : il distingue deux formes différentes de cette protéine. FXN-M, ou frataxine mature, correspond à la forme principale de la frataxine, présente dans la plupart des cellules et surtout liée aux mitochondries, les petites structures qui produisent l’énergie de la cellule. Cette forme est importante car la frataxine participe notamment au bon fonctionnement des protéines contenant des centres fer-soufre.

[6] FXN-E, ou frataxine spécifique des érythrocytes, correspond à une autre forme de frataxine retrouvée surtout dans les globules rouges. Elle est particulière parce que les globules rouges matures n’ont pas de mitochondries ; FXN-E n’est donc pas exactement l’équivalent de la frataxine mitochondriale classique. De façon simplifiée: la méthode LC-MS/MS à triple quadripôle permet de dire séparément combien il y a de frataxine “classique” FXN-M et combien il y a de frataxine liée aux globules rouges FXN-E. C’est utile car, dans un prélèvement sanguin, les globules rouges sont très nombreux : si l’on ne distingue pas les deux formes, on risque de mélanger des informations biologiques différentes. L’article indique précisément que la cohorte TQ utilise cette méthode parce qu’elle permet cette quantification séparée de FXN-M et FXN-E.

[7] Après exclusion de certains participants, les chercheurs ont étudié 391 patients dans une première cohorte et 245 dans une seconde. Les deux groupes n’étaient pas exactement comparables : l’un comportait davantage de formes à début plus tardif, tandis que l’autre regroupait plus de formes précoces ou typiques. Malgré ces différences, les deux cohortes représentaient bien l’ensemble des formes de sévérité de la maladie, ce qui permet d’étudier de façon fiable l’évolution clinique à long terme.

[8] La biologie des isoformes désigne le fait qu’un même gène peut donner naissance à plusieurs versions légèrement différentes d’une protéine. On peut l’imaginer comme une même recette de base qui, selon les étapes utilisées, produit plusieurs variantes du même plat. Ces variantes sont appelées isoformes. Elles peuvent différer par leur longueur, leur composition, leur localisation dans la cellule ou parfois leur fonction. Dans le cas de la frataxine, cela signifie que l’on ne parle pas forcément d’une seule forme uniforme de la protéine. La frataxine mature, ou FXN-M, correspond à la forme mitochondriale, présente dans les cellules contenant des mitochondries. La frataxine E, ou FXN-E, est une isoforme extramitochondriale retrouvée surtout dans les érythrocytes, c’est-à-dire les globules rouges. L’intérêt de distinguer les isoformes est donc très concret : si l’on mesure seulement la quantité totale de frataxine dans le sang, on peut mélanger des informations biologiques différentes. Mesurer séparément FXN-M et FXN-E permet de savoir plus précisément quelle forme de frataxine est évaluée, dans quel type de cellule, et avec quelle signification biologique potentielle. Cela ne veut pas dire automatiquement que les deux isoformes ont la même fonction ou la même valeur clinique.

[9] L’expression « spécifique aux tissus » signifie qu’une molécule, un gène, une protéine ou une isoforme est présente, produite ou active surtout dans certains tissus de l’organisme, et pas de manière identique partout. Un tissu est un ensemble de cellules spécialisées : par exemple le tissu musculaire, le tissu nerveux, le foie, le sang, la peau, etc. Toutes les cellules possèdent globalement le même ADN, mais elles n’utilisent pas les mêmes gènes de la même façon. Ainsi, une cellule du foie ne fabrique pas exactement les mêmes protéines qu’un neurone ou qu’un globule rouge. Dire qu’une protéine est spécifique d’un tissu ne veut pas toujours dire qu’elle existe uniquement dans ce tissu. Cela peut signifier qu’elle y est beaucoup plus abondante, qu’elle y joue un rôle particulier, ou qu’une forme particulière de cette protéine y est surtout retrouvée.