Shane Lyons, Mary Kearney, Michael C Fahey, Prashant Janjal, Massimo Pandolfo, Patricia Patton

Cochrane Database of Systematic reviews.

Date de publication : Mai 2026

Article : Pharmacological treatments for Friedreich ataxia

Cette revue Cochrane actualisée, publiée en mai 2026, les auteurs ont analysé plusieurs essais cliniques évaluant des médicaments dans l’ataxie de Friedreich.

Résumé de l’article traduit par l’équipe recherche

(Des notes en bas de page visent à aider la compréhension)

Justification :
L’ataxie de Friedreich est une maladie neurologique héréditaire rare, de transmission autosomique récessive. Elle se caractérise d’abord par une instabilité en station debout et à la marche, puis évolue lentement vers une dépendance au fauteuil roulant, généralement à la fin de l’adolescence ou au début de la vingtaine. Une scoliose, des pieds creux et une cardiomyopathie sont souvent présents au moment du diagnostic. À mesure que la maladie progresse, les personnes atteintes développent habituellement une parole dysarthrique, des troubles auditifs — surtout en environnement bruyant —, des troubles urinaires, un diabète, de l’anxiété, une dépression, une spasticité musculaire et des troubles visuels. Les anomalies cardiaques sont responsables d’un décès prématuré chez 60 % des personnes atteintes d’ataxie de Friedreich. Il n’existe pas de marqueur clinique ou biologique simple permettant d’évaluer la progression de la maladie, ni de traitement curatif connu. Il s’agit de la troisième mise à jour d’une revue publiée en 2009, puis actualisée en 2012 et en 2016.

Objectifs :

Évaluer les effets des traitements pharmacologiques chez les personnes atteintes d’ataxie de Friedreich après 12 mois de traitement.

Méthodes de recherche :

Pour identifier les études à inclure dans cette revue, les auteurs ont recherché les essais dans CENTRAL, MEDLINE, Embase, CINAHL Plus, TRIP, Orphanet, la plateforme internationale d’enregistrement des essais cliniques de l’OMS — ICTRP — et ClinicalTrials.gov. Ils ont également vérifié les listes de références des études pertinentes et contacté les auteurs des études. La recherche la plus récente a été effectuée le 4 février 2025.

Critères d’éligibilité :

Les auteurs se sont intéressés aux essais contrôlés randomisés[1] et quasi randomisés portant sur des traitements pharmacologiques, y compris les vitamines, chez des personnes ayant une ataxie de Friedreich génétiquement confirmée. Pour être incluses dans la revue, les études devaient durer au moins 12 mois.

Critères de jugement :

Les auteurs ont évalué, après 12 mois de traitement, les critères suivants : variation du score sur une échelle validée d’évaluation de l’ataxie ; variation de l’épaisseur du septum interventriculaire en diastole[2], mesurée par IRM cardiaque ou échocardiographie ; variation des activités de la vie quotidienne à l’aide d’un questionnaire validé ; variation de la dextérité des membres supérieurs ; et variation des résultats aux tests d’effort cardio-pulmonaire. Ils ont également évalué les effets indésirables liés au traitement lorsque le médicament était poursuivi pendant toute la durée de l’étude, ainsi que les effets indésirables apparus sous traitement ayant conduit à l’arrêt du médicament ou au décès pendant la période d’étude.

Risque de biais :

À l’aide de l’outil Cochrane RoB 2 d’évaluation du risque de biais, les auteurs ont évalué le risque de biais pour les sept critères de jugement présentés dans leurs tableaux récapitulatifs des résultats.

Méthodes de synthèse :

Les résultats des études ont été synthétisés pour chaque critère de jugement au moyen d’une méta-analyse[3] lorsque cela était possible. Les auteurs ont calculé la différence moyenne ou la différence moyenne standardisée[4] pour les critères continus[5], et le risque relatif pour les critères dichotomiques[6], avec des intervalles de confiance à 95 %[7]. Ils ont utilisé la méthode GRADE[8] pour évaluer le niveau de certitude des données concernant les critères de jugement prédéfinis, classé comme élevé, modéré, faible ou très faible.

Études incluses :

Huit essais contrôlés randomisés ont été inclus dans cette revue mise à jour. Sept d’entre eux ont été inclus dans la méta-analyse ; ces études regroupaient au total 574 participants, avec des effectifs allant de 29 à 232 participants par étude. Une étude était internationale, avec des centres en Amérique du Nord, en Europe et en Australie. Quatre autres études étaient multicentriques : trois en Europe et une en Amérique du Nord. Les études monocentriques ont été menées au Royaume-Uni, en Italie et en France. Les participants avaient entre 8 et 70 ans au moment de l’inclusion, avec un âge moyen compris, selon les études, entre 18 et 35 ans ; l’âge moyen global non pondéré était de 25,9 ans. Toutes les études incluaient des hommes et des femmes, la proportion de femmes variant de 21 % à 58 %. Soixante-huit pour cent des participants présentaient une ataxie sévère, tandis que 32 % avaient une ataxie modérée. Les traitements étudiés étaient l’érythropoétine alpha, la CoQ10 associée à la vitamine E, l’idébénone, le lériglitazone, l’omaveloxolone et le RT001. Une étude a testé la pioglitazone, mais n’a publié aucun résultat. Quatre études étaient contrôlées par l’industrie pharmaceutique.

Synthèse des résultats :

La méta-analyse de sept études a montré que les traitements pharmacologiques font probablement peu ou pas de différence sur les scores d’évaluation de l’ataxie après 12 mois de traitement, par rapport au placebo : différence moyenne standardisée 0,02 ; intervalle de confiance à 95 % de -0,23 à 0,26 ; I² = 42 % ; 7 études ; 513 participants ; niveau de certitude modéré.

Les données étaient très incertaines concernant les effets du traitement sur l’épaisseur du septum interventriculaire en diastole : différence moyenne -0,51 ; intervalle de confiance à 95 % de -1,10 à 0,09 ; I² = 80 % ; 2 études ; 72 participants ; niveau de certitude très faible. Elles étaient également très incertaines pour les activités de la vie quotidienne : différence moyenne -0,59 ; intervalle de confiance à 95 % de -1,39 à 0,21 ; I² = 24 % ; 3 études ; 167 participants ; niveau de certitude très faible.

La méta-analyse de trois études a montré que le traitement améliore probablement la dextérité des membres supérieurs : différence moyenne standardisée -0,42 ; intervalle de confiance à 95 % de -0,73 à -0,11 ; I² = 0 % ; 3 études ; 166 participants ; niveau de certitude modéré.

Les auteurs restent très incertains quant à l’effet du traitement pharmacologique sur les tests d’effort cardio-pulmonaire : différence moyenne standardisée -0,16 ; intervalle de confiance à 95 % de -0,46 à 0,13 ; I² = 0 % ; 3 études ; 181 participants ; niveau de certitude très faible.

Ils sont également très incertains quant à l’effet du traitement pharmacologique sur les effets indésirables liés au traitement : risque relatif 0,88 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,63 à 1,22 ; I² = 0 % ; 2 études ; 104 participants ; niveau de certitude très faible. Seuls 104 participants étaient inclus dans cette analyse sur un total de 545 participants, ce qui limite fortement la portée de ce résultat.

La méta-analyse de six études a montré qu’il pourrait y avoir peu ou pas de différence entre les traitements pharmacologiques et le placebo concernant les effets indésirables apparus sous traitement conduisant à l’arrêt du médicament ou au décès : risque relatif 1,24 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,44 à 3,48 ; I² = 0 % ; 6 études ; 313 participants ; niveau de certitude faible.

Le niveau de certitude des données allait de très faible à modéré. Les auteurs ont diminué le niveau de certitude de tous les critères de jugement d’un ou deux niveaux en raison d’un manque de précision, avec des diminutions supplémentaires liées à l’hétérogénéité des résultats — pour l’épaisseur du septum interventriculaire en diastole, les activités de la vie quotidienne et les tests d’effort cardio-pulmonaire — ainsi qu’à une suspicion de biais de publication pour ces mêmes critères et pour les effets indésirables.

Conclusions des auteurs :

Dans cette revue systématique Cochrane mise à jour, la méta-analyse des résultats portant sur les échelles d’évaluation de l’ataxie montre que les traitements pharmacologiques font probablement peu ou pas de différence par rapport au placebo après 12 mois de traitement. Compte tenu de ce résultat, l’amélioration probable observée de la dextérité des membres supérieurs était inattendue. Les effets indésirables apparus sous traitement conduisant à l’arrêt du médicament ou au décès pourraient ne pas être plus fréquents dans les groupes traités que dans les groupes placebo, car peu d’événements indésirables ont été détectés dans les groupes traités. Toutefois, les études n’ont peut-être pas permis de détecter tous les effets indésirables rares et graves.


[1] Un essai contrôlé randomisé sert à savoir, de la façon la plus fiable possible, si un traitement fonctionne mieux qu’un placebo ou qu’un traitement de référence. Le mot randomisé signifie que les participants sont répartis au hasard dans les groupes. Cela évite que les médecins ou les chercheurs choisissent eux-mêmes qui reçoit le traitement, ce qui pourrait fausser les résultats. Le mot contrôlé signifie qu’il existe un groupe de comparaison. Sans ce groupe, il serait difficile de savoir si une amélioration vient vraiment du médicament, de l’évolution naturelle de la maladie, de l’effet placebo ou d’autres facteurs.

[2] Le septum interventriculaire est la cloison musculaire qui sépare le ventricule droit et le ventricule gauche. La diastole correspond au moment où le cœur se relâche et se remplit de sang, entre deux contractions. Dans l’ataxie de Friedreich, le cœur peut être atteint, avec parfois un épaississement du muscle cardiaque, appelé cardiomyopathie hypertrophique. Mesurer cette l’ épaisseur du septum interventriculaire permet donc d’évaluer si un traitement a un effet sur l’atteinte cardiaque : par exemple, s’il réduit, stabilise ou n’améliore pas cet épaississement.

[3] Une méta-analyse est une méthode qui consiste à regrouper les résultats de plusieurs études portant sur la même question.

[4] La différence moyenne compare directement la moyenne des résultats entre deux groupes, par exemple : le groupe traité a diminué son score d’ataxie de 3 points, tandis que le groupe placebo l’a diminué de 1 point. La différence moyenne est donc de 2 points. La différence moyenne standardisée est utilisée quand plusieurs études mesurent le même phénomène avec des échelles différentes. Par exemple, une étude utilise une échelle d’ataxie sur 100 points, une autre sur 40 points. On transforme alors les résultats dans une unité commune pour pouvoir les comparer et les regrouper.

[5] Un critère continu est une mesure exprimée avec des chiffres sur une échelle : par exemple un score d’ataxie, une épaisseur cardiaque en millimètres, un poids, une tension artérielle.

[6] Un critère dichotomique est un résultat qui n’a que deux possibilités : oui/non, présent/absent, vivant/décédé, arrêt du traitement/pas d’arrêt du traitement. Le risque relatif compare la fréquence d’un événement entre deux groupes.

[7] Un intervalle de confiance à 95 % indique la marge d’incertitude autour d’un résultat.

[8] La méthode GRADE est une méthode utilisée pour dire à quel point on peut avoir confiance dans les résultats d’une étude ou d’une méta-analyse. Elle est notamment utilisée dans les revues Cochrane pour classer la certitude des preuves en quatre niveaux : élevée, modérée, faible ou très faible. En pratique, GRADE ne demande pas seulement : « le traitement semble-t-il marcher ? »
Elle demande surtout : « Les données sont-elles assez solides pour croire ce résultat ? »