Lin KY, Bucha A, McSweeney K, Wade KL, Karaj A, Tamaroff J, O’Malley S, Chung NM, Cilenti NA, Wanner J, Adzika GK, Mesaros C, Blair IA, Rojsajjakul T, Serai S, Farmer J, Bryant K, Lu Y, Harhay MO, Weber DR, Paridon SM, Seifert EL, Putt ME, Zamani P, Baur JA, Lynch DR, McCormack SE.
Publication : Mai 2026 – The Lancet Neurology
Dans cet article publié dans Lancet Neurology en mai 2026, les auteurs rapportent les résultats d’un essai de phase 2 évaluant l’efficacité d’un traitement combiné associant nicotinamide riboside et exercice physique dans l’ataxie de Friderich
Résumé de l’article traduit par l’équipe recherche.
(Des notes en bas de page visent à aider à la compréhension)
Contexte L’ataxie de Friedreich est une maladie rare, chronique, progressive et neurodégénérative, qui atteint plusieurs systèmes de l’organisme, notamment les systèmes neurologique, musculo-squelettique, cardiaque et endocrinien. Elle se caractérise aussi par une faible capacité cardio-pulmonaire. Nous avons testé l’effet de l’exercice physique et d’une supplémentation en précurseur du NAD⁺ par nicotinamide riboside, deux interventions ayant chacune montré des bénéfices dans des études animales et dans des études cliniques précoces, sur la capacité cardio-pulmonaire de personnes atteintes d’ataxie de Friedreich.
Méthodes
Il s’agissait d’un essai clinique de phase 2[1], ambulatoire[2], monocentrique[3], randomisé[4], avec un plan factoriel 2 × 2[5], d’une durée de 12 semaines. L’étude a été menée au Children’s Hospital of Philadelphia, à Philadelphie, aux États-Unis. Elle a recruté des personnes âgées de 10 à 40 ans, ayant une fraction d’éjection d’au moins 45 % et capables de faire de l’exercice.
Une séquence de randomisation générée par ordinateur a été élaborée par le statisticien de l’essai. La répartition aléatoire était stratifiée selon l’âge — moins de 18 ans versus 18 ans ou plus — dans l’un des quatre groupes suivants :
- placebo sans exercice, avec contrôle attentionnel par appels téléphoniques hebdomadaires — appelé ensuite groupe placebo seul ;
- nicotinamide riboside sans exercice, avec contrôle attentionnel — appelé ensuite groupe nicotinamide riboside seul ;
- placebo avec exercice — appelé ensuite groupe exercice seul ;
- nicotinamide riboside avec exercice — appelé ensuite traitement combiné.
Des programmes d’exercice individualisés ont été élaborés par le physiologiste de l’exercice. Ils comprenaient trois séances d’entraînement aérobie et deux séances de renforcement musculaire par semaine. Les séances étaient réalisées au domicile des participants et supervisées à distance, notamment par des appels téléphoniques du physiologiste.
La dose de nicotinamide riboside ou de placebo était adaptée au poids :
- 300 mg, soit 1 capsule, pour un poids de 24 kg à moins de 48 kg ;
- 600 mg, soit 2 capsules, pour un poids de 48 kg à moins de 72 kg ;
- 900 mg, soit 3 capsules, pour un poids supérieur à 72 kg.
Le critère principal était la variation du pic de VO₂[6], exprimé en L/min, mesuré lors d’un test d’effort cardio-pulmonaire après 12 semaines par rapport à la valeur initiale. L’effet du groupe de traitement a été évalué à l’aide d’un modèle statistique tenant compte de l’âge, qui était la variable de stratification, du sexe et du pic de VO₂ initial.
L’analyse de première étape comparait chaque traitement actif au groupe contrôle. L’analyse de deuxième étape, si le traitement combiné était efficace, comparait le traitement combiné à l’exercice seul. Le risque global d’erreur de type 1 [7]était maintenu à moins de 0,05. Les analyses ont été réalisées en intention de traiter[8]. Les événements indésirables ont été recueillis de manière systématique. L’essai est enregistré sur ClinicalTrials.gov sous le numéro NCT04192136 et il est terminé.
Résultats
Entre le 3 septembre 2020 et le 23 avril 2025, 74 personnes ont été incluses, dont 66 répondaient aux critères d’éligibilité et ont été réparties aléatoirement dans les quatre groupes de l’étude. Tous les participants ont terminé l’étude.
Parmi eux, 33 participants, soit 50 %, étaient des enfants âgés de 10 à 17 ans, et 33, soit 50 %, étaient des adultes âgés de 18 ans ou plus. Trente-sept participants, soit 56 %, étaient de sexe masculin, et 29, soit 44 %, de sexe féminin.
Les moyennes des moindres carrés[9] pour la variation du pic de VO₂, en L/min, étaient les suivantes :
- -0,05 ; intervalle de confiance à 95 % de -0,16 à 0,06, chez les 17 participants du groupe contrôle ;
- 0,06 ; intervalle de confiance à 95 % de -0,05 à 0,17, chez les 17 participants du groupe nicotinamide riboside sans exercice ;
- 0,11 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,00 à 0,22, chez les 16 participants du groupe placebo avec exercice ;
- 0,16 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,05 à 0,27, chez les 16 participants du groupe nicotinamide riboside avec exercice.
Les différences entre les traitements actifs et le groupe contrôle étaient :
- 0,10 ; intervalle de confiance à 95 % de -0,05 à 0,26 ; p ajusté = 0,188, pour le nicotinamide riboside sans exercice ;
- 0,16 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,00 à 0,31 ; p ajusté = 0,103, pour le placebo avec exercice ;
- 0,21 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,05 à 0,36 ; p ajusté = 0,0299, pour l’association nicotinamide riboside et exercice[10].
Le traitement combiné n’était pas statistiquement différent de l’exercice seul : différence de -0,05 ; intervalle de confiance à 95 % de -0,10 à 0,21 ; p = 0,49.
Tous les événements indésirables étaient légers ou modérés. Ils comprenaient des symptômes gastro-intestinaux, des chutes, des infections des voies respiratoires supérieures et des éruptions cutanées.
Au moins un événement indésirable modéré d’intérêt dans ces catégories a été rapporté chez :
- 7 participants, soit 41 %, dans le groupe contrôle ;
- 6 participants, soit 35 %, dans le groupe nicotinamide riboside sans exercice ;
- 3 participants, soit 19 %, dans le groupe placebo avec exercice ;
- 4 participants, soit 25 %, dans le groupe nicotinamide riboside avec exercice.
Interprétation
L’association de nicotinamide riboside et d’exercice physique pendant 12 semaines était sûre et a augmenté la capacité cardio-pulmonaire chez des enfants et des adultes atteints d’ataxie de Friedreich.
Des études plus longues sont nécessaires pour établir si l’ajout du nicotinamide riboside à l’exercice physique pourrait être envisagé comme élément d’une stratégie thérapeutique globale à long terme.
Figure 2. Pic de VO₂ (L/min), variation entre la valeur initiale et 12 semaines (diagramme en cascade).

Pour chaque participant, la variation du pic de VO₂ entre la semaine 0 et la semaine 12 est représentée, en L/min, selon le groupe de traitement. Les augmentations sont indiquées en rouge, et les diminutions en bleu. Les barres grises montrent les valeurs initiales à la semaine 0.
Les cercles représentent les adultes, âgés de 18 ans ou plus, et les triangles représentent les enfants, âgés de moins de 18 ans. Ils indiquent les valeurs à la semaine 12 ; là encore, les valeurs ayant augmenté par rapport au niveau initial sur les 12 semaines sont en rouge, et celles ayant diminué sont en bleu.
Le nombre de personnes incluses dans chaque analyse est indiqué par N. Dans le groupe placebo seul, une personne n’a pas réalisé le test d’effort cardio-pulmonaire à la semaine 12 en raison d’une blessure au pied ; elle n’a donc pas été incluse dans les résultats portant sur ce test.
[1] Un essai clinique de phase 2 est une étude réalisée chez des patients pour savoir si un traitement est prometteur et suffisamment sûr pour être étudié plus largement.
[2] Ambulatoire : les participants ne sont pas hospitalisés. Ils viennent pour les évaluations, mais vivent chez eux pendant l’étude.
[3] Monocentrique : l’étude est réalisée dans un seul centre médical, ici le Children’s Hospital of Philadelphia.
[4] Randomisé : les participants sont répartis au hasard dans les différents groupes, pour éviter de fausser les résultats.
[5] Plan factoriel 2 × 2 : l’étude teste deux interventions en même temps :
- le nicotinamide riboside ou son placebo ;
- l’exercice physique ou l’absence d’exercice.
Cela donne quatre groupes. Cette étude permet de comparer séparément l’effet du nicotinamide riboside, l’effet de l’exercice, et l’effet de leur association.
[6] Le pic de VO₂ est mesuré lors d’un test d’effort cardio-pulmonaire. Il indique la quantité maximale d’oxygène que la personne peut utiliser quand elle fait un exercice intense. La variation du pic de VO₂ correspond au changement de la capacité maximale du corps à utiliser l’oxygène pendant un effort.
[7] Le risque d’erreur de type 1 correspond au risque de conclure à tort qu’un traitement est efficace alors qu’en réalité il ne l’est pas. C’est comme dire : « il y a un effet du traitement », alors que cet effet est dû au hasard. Le risque global d’erreur de type 1 devient important quand une étude fait plusieurs comparaisons statistiques. Plus on multiplie les tests, plus on augmente le risque de trouver par hasard un résultat “significatif”.
[8] Les analyses réalisées en intention de traiter signifient que chaque participant est analysé dans le groupe où il a été tiré au sort au départ, même s’il n’a pas parfaitement suivi le traitement ou le programme prévu.
[9] La moyenne des moindres carrés est une moyenne ajustée statistiquement.
Elle ne correspond pas simplement à la moyenne brute observée dans un groupe. Elle tient compte de certains facteurs qui peuvent influencer le résultat ( par exemple ici l’âge, le sexe, et la valeur du pic de VO2 initial)
[10] Ce résultat est considéré comme statistiquement significatif, pour le traitement combiné versus placebo, car : Association nicotinamide riboside + exercice : différence = 0,21 ; intervalle de confiance à 95 % 0,05 à 0,36 ; p ajusté = 0,0299.
- la valeur de p ajusté est inférieure à 0,05 ;
- l’intervalle de confiance est entièrement au-dessus de 0 : il va de 0,05 à 0,36 ;
- cela signifie que l’amélioration observée du pic de VO₂ est peu compatible avec le simple hasard statistique.

